Pierre, ĂągĂ© de 15 ans, a fait sa rentrĂ©e scolaire en classe de seconde, dans le lycĂ©e  » Palais « . Pour marquer ce passage au lycĂ©e, lâassociation des Ă©lĂšves de premiĂšre dĂ©cident de  » bizuter  » ceux de seconde. Ils leur imposent de se promener nus dans la cantine. Pierre est soumis Ă cette humiliation.
Par la suite, certains Ă©lĂšves de premiĂšre continuent Ă prendre Pierre pour leur  » souffre-douleur « , se moquant de lui et allant jusquâĂ lui donner des coups violents. Pierre, nâen pouvant plus, dĂ©cide dâaller voir le mĂ©decin scolaire, craque et se confie Ă lui. Celui-ci prĂ©vient lâinspecteur de lâaide sociale Ă lâenfance (ASE), lâinspecteur dâacadĂ©mie et le proviseur du lycĂ©e. Le lendemain, Pierre refuse de retourner Ă lâĂ©cole et explique Ă ses parents la situation.
Ses parents sont Ă©tonnĂ©s de ne pas avoir entendu parler de bizutage dans lâenceinte du lycĂ©e et estiment quâil y a eu un manque de surveillance de la part des enseignants.
Les problĂšmes de droit :
* Qui est responsable du bizutage ?
* Qui est responsable des coups portés à Pierre ?
* Qui est responsable de la divulgation des maltraitances ?
Les arguments des demandeurs :
Selon les parents de Pierre,
Lâassociation des Ă©lĂšves de premiĂšre, le lycĂ©e, les instituteurs et les parents sont responsables :
* Concernant le bizutage : La loi dĂ©finit le bizutage comme le fait pour une personne dâamener autrui, contre son grĂ© ou non, Ă subir ou Ă commettre des actes humiliants ou dĂ©gradants lors de manifestations ou de rĂ©unions liĂ©es aux milieux scolaire (article 225-16-1du code pĂ©nal).
Les parents de Pierre demandent que la responsabilitĂ© de lâassociation des Ă©lĂšves de premiĂšre et du lycĂ©e soit retenue en ce qui concerne le bizutage.
* Concernant les coups portĂ©s Ă Pierre : Selon la loi, les professeurs sont responsables des dommages causĂ©s par leurs Ă©lĂšves tant quâils sont sous leur surveillance (article 1384 alinĂ©a 6 du Code civil). Ainsi, selon ses parents, si Pierre a subi les violences de certains Ă©lĂšves, câest quâil y a eu un dĂ©faut de surveillance de la part des enseignants.
Les parents des Ă©lĂšves qui ont bizutĂ© Pierre sont aussi responsables de lâĂ©ducation de leur enfant. Sâil est violent, ses parents doivent assumer les consĂ©quences de ses actes (article 1384 alinĂ©a 4 du Code civil)
Les arguments des défendeurs:
Selon lâĂ©tablissement scolaire,
* Concernant le bizutage : Le proviseur du lycĂ©e avait pris des mesures disciplinaires Ă lâencontre des organisateurs du bizutage. Selon lui, lâassociation des Ă©lĂšves de premiĂšre est la seule responsable.
Il estime aussi que le mĂ©decin a violĂ© le principe du secret mĂ©dical auquel il est tenu en prĂ©venant lâinspecteur de lâASE, lâinspecteur dâacadĂ©mie et lui-mĂȘme. Sa responsabilitĂ© doit donc ĂȘtre mise en cause aussi.
Selon les parents des élÚves fautifs et les enseignants,
* Concernant les coups portĂ©s Ă Pierre : Les parents comme les enseignants soutiennent quâils nâont pu empĂȘcher les faits. En effet, les parents des Ă©lĂšves fautifs nâavaient pas Ă ce moment la garde et donc le devoir de surveillance envers leurs enfants. CâĂ©tait aux enseignants du lycĂ©e de sâen charger.
Les enseignants estiment quâils nâont commis aucune nĂ©gligence dans leur devoir de surveillance et quâils nâont pu empĂȘcher le dommage puisquâils nâont rien vu. Ainsi, ils ne peuvent ĂȘtre tenus pour responsables (article 1384 alinĂ©as 6 et 7 du Code civil ).
La solution des juges:
* Concernant le bizutage :
Le bizutage est un dĂ©lit (articles 225-16-1 Ă 225-16-3 du Code pĂ©nal). Il est puni de six mois dâemprisonnement et de 7500 euros dâamende. Les responsables des Ă©tablissements scolaires doivent avertir immĂ©diatement le procureur de la RĂ©publique, mĂȘme en lâabsence de dĂ©pĂŽt de plainte. Ils doivent Ă©galement engager des poursuites disciplinaires Ă lâĂ©gard des auteurs de bizutage mais aussi Ă lâĂ©gard des personnels qui se seraient abstenus de toute intervention.
Le proviseur nâa fait que trĂšs partiellement son devoir de poursuites et de dĂ©nonciation. La responsabilitĂ© du lycĂ©e doit ĂȘtre engagĂ©e.
Lâassociation des Ă©lĂšves de PremiĂšre est responsable. La responsabilitĂ© personnelle de ses dirigeants pourra aussi ĂȘtre retenue.
* Concernant la violation du secret médical :
En France, il existe un double systĂšme de protection des mineurs. Ces deux systĂšmes travaillent en collaboration:
â Le systĂšme administratif (les prĂ©sidents de conseils gĂ©nĂ©raux par lâintermĂ©diaire de leur service dâaide sociale Ă lâenfance ou « ASE »).
â Le systĂšme judiciaire (procureur de la RĂ©publique et juges pour enfants).
» Lorsquâil sâagit dâun mineur de quinze ans ou dâune personne qui nâest pas en mesure de se protĂ©ger en raison de son Ăąge ou de son Ă©tat physique ou psychique le mĂ©decin doit, sauf circonstances particuliĂšres, alerter les autoritĂ©s judiciaires, mĂ©dicales ou administratives « (DĂ©cret 95-1000 du 6/09/1995 portant Code de dĂ©ontologie mĂ©dicale et art. 226-14 du code pĂ©nal) ou » avec lâaccord de la victime, il doit porter Ă la connaissance du procureur de la RĂ©publique les sĂ©vices quâil a constatĂ©s dans lâexercice de sa profession et qui lui permettent de prĂ©sumer que des violences sexuelles de toutes natures ont Ă©tĂ© commises. Aucune sanction disciplinaire ne peut ĂȘtre prononcĂ©e du fait du signalement de sĂ©vices par le mĂ©decin aux autoritĂ©s compĂ©tentes dans les conditions prĂ©vues au prĂ©sent article « . (art.226-14 du code pĂ©nal).
Il nâexiste pas de secret entre le mĂ©decin et son patient lorsque celui-ci lui demande dâattester de la rĂ©alitĂ© de faits, notamment de violence, commis par un tiers, preuve quâil ne peut rapporter quâau moyen de constatations mĂ©dicales ( Cour de Cassation, Chambre criminelle, 8 mars 2000)
Le mĂ©decin scolaire ne peut donc ĂȘtre sanctionnĂ© pour violation du secret mĂ©dical. Dâautant plus que Pierre voulait dĂ©noncer ces maltraitances.
* Concernant les coups portés à Pierre :
Par rapport aux parents:
MĂȘme si lâenfant se trouvait au moment des faits dans un Ă©tablissement scolaire, les parents restent responsables dĂšs lors que leur enfant a commis un acte qui a causĂ© directement le dommage invoquĂ© par la victime (AssemblĂ©e PlĂ©niĂšre, 9 mai 1984, Fullenwarth).
Ils doivent dĂ©dommager les victimes des dommages causĂ©s par leur enfant. Ils ne peuvent se dĂ©gager de cette responsabilitĂ© quâen cas de force majeure ou de faute de la victime (Cour de Cassation, 19 fĂ©vrier 1997, Mr X c/. Mr Domingues et autres).
Les parents des adolescents sont donc tenus de réparer le dommage causé à Pierre.
Par rapport aux enseignants :
Si les enseignants chargĂ©s de la surveillance des Ă©lĂšves avaient laissĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rer une bousculade entre Pierre et les Ă©lĂšves de premiĂšre, ils seraient fautifs. (Cour de Cassation, Civ.2Ăš, 29 janvier 1997). Comme ils nâont rien vu, ils nâont pas commis de faute.
Il faudrait que les parents de Pierre rapportent la preuve que les enseignants ont commis une faute (par exemple : avoir quittĂ© son poste de surveillance sans prĂ©venir sa hiĂ©rarchie, avoir surpris une conversation entre les Ă©lĂšves dĂ©crivant les faits sans intervenirâŠ).
Comme aucune faute nâest relevĂ©e, les enseignants ne sont pas responsables du dommage causĂ© Ă Pierre.